Pourquoi Mustapha kemal fut un héros pour les nationalistes algériens

Atatürk est l’un de ces hommes. Il enthousiasme une génération de la population musulmane d’Algérie par son nationalisme, et ses victoires militaires et politiques sont un puissant encouragement pour tous les Algériens, qui ne cachent d’ailleurs pas leur joie lorsque les troupes turques sont victorieuses, ainsi lors de l’évacuation de Constantinople en 1922. A cette occasion, en effet, les habitants d’Alger manifestent dans les rues de la ville et les étudiants des médersas affichent partout les portraits de Mustafa Kemal52. La victoire turque est vécue par les musulmans d’Algérie comme une victoire algérienne face aux colons français, qui ne manifestent aucune sympathie pour la Turquie et pour son dirigeant, suspecté de maintenir en éveil le nationalisme algérien et donc de remettre en cause leurs intérêts dans le pays53. Le journal Le Temps écrit d’ailleurs le 24 juillet 1920 que Mustafa Kemal appelle le monde de l’islam à s’unir avec les communistes pour combattre les puissances impérialistes.

Aatürk apparaît donc aux yeux des Algériens, tout autant que pour les Turcs, comme le symbole de la liberté et de l’indépendance. Pour les Algériens, si Atatürk a vaincu ceux qui apparaissent comme les détenteurs de la puissance, c’est non seulement parce que son combat est juste mais c’est aussi parce que sa méthode est bonne. Il n’est donc pas étonnant que des dirigeants importants du mouvement national comme Ferhat Abbas, Abdelhamid Ben Badis ou Messali Hadj, bien que différents dans leurs approches des événements politiques, aient une même attitude vis-à-vis d’Atatürk autant comme chef militaire que comme homme politique.

C’est pourquoi lorsque Atatürk met fin au califat, aucun dirigeant du mouvement national algérien ne voit dans cette décision une quelconque atteinte à l’islam. Même les représentants du mouvement religieux réformateur prennent fait et cause pour le ghazi et ne se rangent pas à l’avis des oulémas d’Al-Azhar. Ben Badis, homme de religion, ne se limite pas d’ailleurs à partager l’avis de Mustafa Kemal sur le califat, qu’il qualifie de chimère, mais se permet de reprocher aux milieux panislamistes d’Orient leur inaptitude à voir le vrai problème et leur propension à se perdre en discussions oiseuses et en vaines attaques contre le régime de Mustafa Kemal. Le chef réformateur algérien va encore plus loin dans sa défense d’Atatürk en considérant que les véritables adversaires de l’islam sont le calife et les chefs des confréries religieuses et déclare sa sympathie pour les Turcs honorables, les libérateurs des peuples et non pour ceux qui baissent la tête… ceux-là ne méritent pas la moindre attention, qu’ils soient calife ou cheikh al-Islam. Ben Badis semble donc prendre position dans ce qui a été appelé la guerre des fatwas entre partisans et adversaires d’Atatürk, comprenant que l’objectif de ce dernier est la modernisation de l’islam et non son élimination, comme le souhaite d’ailleurs le mouvement réformiste algérien lui-même. Il ne va pas pour autant aller jusqu’à considérer Mustafa Kemal comme le porte-bannière de la religion musulmane, prenant ainsi par ailleurs en considération l’impact des mesures de laïcisation considérées comme antireligieuses et quelque peu impopulaires en Turquie même bien que les réformes sociales initiées par Atatürk impressionnent la jeunesse musulmane algérienne et permettent à un dirigeant nationaliste comme Ferhat Abbas d’affirmer que la foi islamique n’est pas inconciliable avec les nécessités sociales du monde moderne.

L’analyse complète et détaillée ici:

https://journals.openedition.org/insaniyat/6290

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