Ouvrir des écoles où son esprit se forme à nos intentions

Le patrimoine culturel allait être une des cibles principales du colonisateur.

La France n’a pas seulement volé les terres et aliéné les hommes, elle a violé les consciences.

Son œuvre de dépersonnalisation s’est traduite par la fermeture des mosquées et écoles qui prodiguaient l’enseignement en arabe.

Les Zaouias ont été détruites en tant que foyers de culture et de résistance, et on a transformé celles qui se sont maintenues en foyers de collaboration:

La France a tué la culture algérienne en la coupant de toute sève vivifiante et en la tenant en dehors du mouvement de l’Histoire.

Cette destruction du patrimoine culturel, il fallait la présenter comme une mort naturelle, ce qui a pour conséquence l’apparition d’un complexe d’infériorité chez un tel peuple deculturé et ce qui permet à l’occupant d’accréditer la thèse de sa « mission civilisatrice ».

Car, après avoir rendu un peuple incapable de recréer l’image de son passé, après avoir éteint chez l’Algerien la conscience de sa valeur et de ses Valeurs, on lui inculque de nouvelles habitudes de penser, de sentir et d’agir.

L’un des théoriciens de l’enseignement colonial écrit « Pour transformer les peuples primitifs de nos colonies, pour les rendre le plus possible dévoués à notre cause et utiles à nos entreprises…le moyen le plus sûr c’est de prendre l’indigène dès son enfance, d’obtenir de lui qu’il nous fréquente assidûment et qu’il subisse nos habitudes intellectuelles et morales pendant plusieurs années de suite, en un mot de lui ouvrier des écoles où son esprit se forme à nos intentions. »

Mais pour le colonisateur, il ne faudrait pas que cette conquête culturelle atteigne les masses, car il s’agit d’une arme à double tranchant: élever le niveau intellectuel, même au moyen d’une langue étrangère, risquerait d’aboutir à une émancipation politique.

Il faut donc la circonscrire à une minorité, en distribuant l’enseignement au compte-gouttes.

L’objectif est clair: former une pseudo-élite coupée des masses.

En sorte que les intellectuels algériens, éprouvant un sentiment d’étrangeté au milieu des leurs, deviennent des déracinés qui méprisent leurs traditions et se parent des plumes de leurs maîtres.

Ils sont atteints de ce que Jules Gautier appelait « le bovarysme idéologique »: ils se conçoivent à l’image d’un modèle étranger, ils croient s’identifier à lui parce qu’ils se sont perdus (ou plutôt on les a perdus).

Au surplus, la France ne s’est pas contentée de leur apprendre sa langue, de leur inculquer sa culture: elle leur a appris qu’en dehors de cette culture il n’y a rien et que l’histoire de l’Algerie commence en 1830.

Comment s’étonner dès lors qu’ils vénèrent des totems qui leur sont étrangers et qu’ils ignorent qu’avant Descartes, il y eut Ghazali, avant Vico, Ibn Khaldoun, avant de Foë, Ibn Tofail, avant Claude Bernard, Ibn Sina, avant Dante, Al’Ma’arri et avant Lamartine, Omar Ibn Rabi’a?

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