Les œuvres d’Ibn Abd Al Wahhab sont elles violentes

De la violence dans les œuvres d’Ibn Abd Al Wahhab

Étant donné les descriptions habituelles des wahhabites, on peut s’attendre à ce que la violence soit abondamment présente dans les écrits d’Ibn Al Wahhab.

En réalité, elle en est largement absente.

Bien qu’il y ait quelques appels pour combattre ceux qui sont qualifiés de « kuffar », il est frappant en lisant son « livre du jihad » que son but fut d’aborder ces questions en fournissant un aperçu clair et précis des types d’actes qui sont autorisés ou non et contre qui.

Plutôt que d’élargir la portée de la guerre sainte, il limita sévèrement les cas dans lesquels elle peut être décrétée de manière appropriée.

Quand il est lu dans le contexte de ses autres œuvres, « kitab at tawhid » remplit la même fonction, expliquant les implications de l’adhésion au monothéisme absolu.

Ce qui frappe à là lecture de ses ouvrages, c’est l’absence d’appel à la violence et le rôle éducatif de son mouvement.

Il écrivit d’ailleurs des lettres pour répondre aux calomnies véhiculées par ses opposants, comme celle aux gens de Qasim et d’autres présentes de son recueil « fatwa wa rasail ».

La représentation des wahhabites, en tant que fanatiques violents n’a clairement aucun fondement dans les écrits de Muhammad Ibn Abd Al Wahhab.

Bien qu’il ait enseigné le Tawhid et prêché que l’associationnisme doit être éradiqué, la violence et la mise à mort ne furent pas les méthodes qu’il prescrivit pour atteindre ces objectifs.

Il mit toujours l’accent sur l’éducation et la discussion.

Plutôt que d’appeler à la violence et à la destruction, des écrits sur le djihâd furent imprégnés de l’importance de la préservation de la vie humaine, végétale et animale et des biens matériels et humains.

Ses écrits reflètent une constante focalisation sur l’importance des connaissances individuelles à acquérir par l’éducation et la nécessité de s’engager dans le travail missionnaire.

La méthode privilégiée pour mener à bien ces activités est un processus de dialogue et de débat plutôt que de violence et de militantisme.

Son étude détaillée sur le jihad montre un souci de placer des limites à la violence au lieu d’appeler à un engagement indiscriminé contre ceux qui n’adhèrent pas à ses enseignements.

Il chercha à limiter la violence et l’application de la peine de mort, parce que sa conviction fut que cela était contre-productif et ne produisit que de la peur au détriment de la foi.

Son souci fut de gagner les cœurs, objectif ne pouvant être atteint que par le dialogue.

Selon cette vision, le jihad n’est qu’une méthode de dernier recours pour défendre la communauté musulmane contre toute agression, afin que le travail de prosélytisme puisse se poursuivre.

Si ces ouvrages ne sont pas violents et n’appellent pas à la violence, comment se fait il que l’extrémisme et la violence ont été associés au wahhabisme dès les premières années de ce mouvement ?

Deux facteurs importants doivent être rappelés, l’environnement dans lequel le wahhabisme a été prêché et s’est propagé et le développement historique du mouvement.

Le message d’Ibn Abd Al Wahhab invitant chaque individu à étudier directement le Coran et les hadiths, représenta une menace pour l’assise du pouvoir des dirigeants politiques et religieux de son époque.

Une grande partie de la réputation négative du wahhabisme peut être attribuée à ceux qui risquaient de perdre le plus avec sa victoire.

Sur le plan historique, le wahhabisme a été vu principalement à travers les yeux de ses adversaires.

Dans leurs écrits, les wahhabites étaient présentés comme tuant tous ceux qui ne souscrivaient pas à leur interprétation prétendument puritaine de l’islam.

Le résultat fut une représentation du wahhabisme militant en conflit avec les musulmans, en particulier les soufis et les chiites mais aussi les non-musulmans.

Ces rapports négatifs sur les wahhabites se propagèrent à la vitesse de l’éclair, suscitant la peur et l’horreur chez ceux qui en entendirent parler.

Cependant, tous les contemporains du mouvement ne prirent pas ces histoires pour argent comptant, certains se donnèrent le temps d’enquêter sur ces accusations et arrivèrent à des conclusions différentes.

De ces chercheurs contemporains, deux se distinguent de manière particulière: Ali Bey et Al Jabarti.

Ali Bey était à la Mecque en 1803, peu de temps après la conquête du Hedjaz par les wahhabites.

L’hystérie populaire au sujet de ce mouvement, poussa les habitants à fuir.

Curieux de voir lui même à quoi ressemblaient ces gens, Ali Bey, plutôt que de fuir, monta au sommet d’une pile d’ordures pour mieux observer.

Il fut surpris de constater que les wahhabites étaient réellement modérés, raisonnables et civilisés, il décrivit ainsi ses attentes et ses expériences

« Lorsque nous nous représentons une foule d’hommes armés et nus, n’ayant aucune idée de la civilisation, et parlant un langage barbare, le tableau effraie l’imagination et paraît dégoûtant, mais si nous surmontons cette première impression, nous y trouvons des qualités louables.

Ils ne volent jamais, ni par la force ni par le stratagème, sauf quand ils savent que l’objet appartient à un ennemi ou à un infidèle. Ils payent avec leur argent tous leurs achats, et tous les services qui leur sont rendus. Étant aveuglément soumis à leurs chefs, ils supportent en silence toute fatigue et se laissent conduire à l’autre bout du monde. Bref, on peut penser que ce sont les hommes les plus disposés à la civilisation, s’ils reçoivent un enseignement approprié. »

« Je dois louer la modération et le bon ordre qui régnaient parmi ce nombre d’individus appartenant à des nations différentes. Deux mille femmes qui étaient parmi eux ne causèrent pas le moindre désordre; et quoiqu’il y eût plus de quarante ou cinquante mille fusils, il n’y en eut qu’un seul qui tira et cela se passa près de moi. Au même moment, un des chefs accourut vers l’homme qui avait tiré et le réprimanda en disant « pourquoi as tu fait cela? Allons-nous faire la guerre ici? »

Intrigué par la contradiction entre l’image populaire et la réalité, Ali Bey se pencha sur l’histoire du mouvement pour y trouver des indices.

Il releva une différence importante entre le règne de Muhammad Ibn Saoud, quand Ibn Abd Al Wahhab était actif dans la vie politique des saoudiens wahhabites, et l’avènement de son fils Abd Al Aziz Ibn Saoud, quand Ibn Abd Al Wahhab se retira de l’activité politique active.

Ali Bey nota que le père, Muhammad Ibn Saoud, avait soutenu les enseignements d’Ibn Abd Al Wahhab mais n’eut pas recours à la méthode de la « conversion ou la mort » pour se gagner de nouveaux adhérents.

Cette pratique ne fut mise en place que sous le règne du fils, qui utilisa de manière sélective les enseignements d’Ibn Al Wahhab dans le but explicite d’acquérir des richesses et des biens et de consolider son État.

Dans ses chroniques, Ibn Bishr atteste du recours à la violence par Abd Al Aziz pour atteindre ses objectifs.

Ainsi, on peut avancer que la violence et le militantisme associés aux saoudiens-Wahhabites au cours de cette période avaient plus à voir avec les préoccupations politiques de l’Etat qu’avec les enseignements théologiques d’Ibn Abd Al Wahhab.

Ali Bey déclara ensuite qu’il « découvrit beaucoup de raison et de modération parmi les wahhabites à qui je parlai, et de qui j’obtins la plus grande partie des informations que j’ai données sur leur nation. »

L’historien égyptien Al Jabarti, rencontra les wahhabites en Égypte dix ans plus tard, en 1814 et fut impressionné par les connaissances des érudits qu’il rencontra et cela malgré toutes les choses négatives qu’il avait entendues à leur sujet.

Les deux wahhabites rencontrés par Al Jabarti étaient venus en Égypte à la recherche de recueils de hadiths, de discussions exégétiques hanbalites du Coran et traités de jurisprudence:

« J’ai moi-même rencontré deux fois les deux wahhabites et je les ai trouvés amicaux et éloquents, bien informés et connaissant bien les événements historiques et les anecdotes.

C’étaient des modestes hommes de bonne moralité, bien entraînés à l’art oratoire, aux principes de la religion, aux branches du fiqh et aux désaccords entre les écoles de droit. Dans tout cela, ils étaient extraordinaires. »

Parmi ce qui contribua à propager l’hystérie populaire au sujet des wahhabites, la propagande des Ottomans.

Un observateur britannique, Hartford Jones Brydges, qui était stationné à Bassorah en 1784, attribua cette hystérie populaire aux Ottomans, qui savaient que l’interprétation wahhabite de l’islam était conforme aux enseignements du Coran et craignaient sa propagation.

Ainsi ils attisèrent la peur populaire et la haine, les faisant passer pour des hérétiques.

Qu’ils se sentent menacés par la propagation du wahhabisme n’est pas surprenant, sachant que les wahhabites avaient conquis le Najd et jetaient leur dévolu sur le Hedjaz (alors sous domination ottomane) et que le sultan étaient accusé de ne pas remplir ses devoirs envers la Mecque et Médine, les Ottomans savaient que leurs adversaires pourraient rapidement conquérir ces territoires, les accuser d’hérésie était leur ultime recours

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